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Interview de PatrickLMX juillet 2024

Pour ce premier joue de l'été 2024, je vous propose d'en apprendre un peu plus sur PatrickLMX.

Membre du forum depuis peu mais qui a su y trouver sa place de par ses photographies, ses commentaires toujours avisés et constructifs.

Un grand merci à lui de bien avoir voulu participer à cette interview.

..............

Bonjour PatrickLMX. Je te remercie d'avoir accepté cette interview. Peux-tu te présenter à nous et nous expliquer ton pseudo ? 

 

Je me prénomme Patrick ( facile à deviner ) et comme souvent le prénom  suffit à peine pour s’identifier sur les sites  j’ai pris les lettres qui symbolisent la ville dans laquelle je vis : Les Mureaux ( là où se montent les fusées  Ariane ).

Pour reprendre une formule célèbre « je suis tombé dans la photo quand j’étais petit ».

En effet le village du Loir et Cher où j’habitais, a été doté par l’état  d’un local qui s’appelait les « Mille Clubs ». A charge pour les habitants et les jeunes de le construire ( les plans étaient prévus pour chaque étape : un vrai « Mécano » ). L’idée étant d’amener des « pseudos MJC » dans les campagnes.

Parmi les activités proposées il y avait donc un club photo pour apprendre la photo et développer ses noir et blanc. Le club  était animé  par le médecin du village et mon père. Du coup, je me suis retrouvé embarqué dans l’aventure. J’ai débuté avec le Kodak 6 x 9  puis le Royer Savoye 24 x 36  ( optique Berthiot ) que mon père avait eu pendant son service militaire. Mais très vite, j’ai chipé son Minolta SRT 101, avant d’acheter le mien avec mes premiers jobs d’été.

En faisant ce petit rappel historique , je réalise que j’ai dépassé mes 55 ans de pratique photo ( ça rajeunit pas ). Je suis un autodidacte qui a appris  par la pratique et les échanges dans les clubs photos ( puis les forums ) ou les rencontres de la vie. Après le noir et blanc, je suis passé à la diapo puis aux diaporamas, d’abord avec 2 puis 3 ; 6  voir 9 projecteurs pour des multi images panoramiques.

Je suis passé à l’image numérique en 2005 avec un Nikon D2X.

 

La passion pour la photographie reste intacte après tant d'années de pratique ?

 

Oui bien sûr et heureusement, sinon pourquoi pratiquer ?

Ce qui compte, c’est ce que te fait vivre la photo : se lever tôt pour partir en randonnée, croiser  la faune qui se réveille, le soleil qui glisse sur la montagne, regarder les modèles météo pour sortir quand il faut, se retrouver trempé mais avoir capté un ciel « d’enfer ». Tout cela est un cumul de bons moments captés, parfois ratés;  mais quoi qu’il arrive, tu ressens la petite montée d’adrénaline très stimulante.

A propos de moments à vivre en photo, il y en a un que je voudrais faire découvrir à mon petit fils : une séance de labo noir et blanc avec l’image qui monte dans le bain révélateur.  Parfois elles ne sont bonnes que là sous la lumière inactinique ( rire ). Mais ça reste un moment magique, je patiente encore quelques années pour ça. On commencera sans doute par des photogrammes activités ludiques.

Depuis le Krokus 3 color, le lubitel du club, il est passé pas mal d’eau sous les ponts de la Loire mais le langage de la photo, les bases restent les même. Ce qui m’amuse c’est de voir mes enfants ou de leurs amis, tous nés sous « l’ère numérique » s’intéresser aux outils et supports analogiques ( que ce soit en image ou dans le domaine du son ). Sans doute ce côté « tactile » des supports est séduisant pour eux.

Ce côté tactile, je le retrouve  aussi lorsque j’imprime mes images et que petit à petit je  découvre le rendu sur un beau papier baryté ( là encore on ne se coupe pas de ses racines ). Après  vient le moment du partage, des échanges autour de ces images. Les outils changent mais les moments d’émotions restent, c’est bien là l’essentiel. Voilà pourquoi je continue toujours.

 

Tu as déjà exposé tes images ?

 

Oui quand j’étais plus jeune, c’est toujours lié à la vie l’activité d’un club photo, tout comme les concours régionaux organisés par la FPF ( à mon époque c’était encore le FNSPF pour Fédération Nationale des Sociétés  Photographiques de France, ça avait un « petit côté 19 ieme siècle ). Ces concours sont aussi une forme d’exposition, une manière de se confronter au monde extérieur. Le forum remplit aussi cette fonction. 

Pour cause de création d’entreprise, j’ai délaissé la vie  associative des clubs et les expositions de fait. Le monde de l’évènementiel ne permet pas des activités « bien régulières »  et puis il y avait aussi la vie de famille à protéger. Pendant de longues années les images n’ont servi que pour l’édition du « livre de l’année » fait par mon épouse pour résumer les temps forts  de l’année de la vie familiale. Initialement fait pour « les grands parents, cette idée a eu beaucoup de succès l’édition s’est étendue à nos enfants qui voulaient aussi leur livre. C’est devenu « un fil rouge » dans les rencontres familiales quand quelqu’un sort appareil ou téléphone : « attention tu vas finir dans le livre de l’année ».

 Puis en 2022 pour les vingt ans du Festival du Cirque des Mureaux, je me suis dit que 20 ans ça se fêtaient. J’ai fait une sélection d’une trentaine d’images. Exposition montée dans une librairie solidaire qui vend des livres neufs mais surtout des livres d’occasion et crée des animations autour de la lecture. A l’issue de cette exposition, j’ai été sollicité pour installer cette exposition dans d’autres lieux.

L’investissement fait : cadres 60 x 40  et marie louise en stock ; en 2023 j’ai eu l’envie de participer à la manifestation Artistes en Mai à Frémainville, Val d’Oise, et je renouvelle l’expérience les 25 et 26 mai prochains ( voir mon post sur le sujet : https://www.forumdephotos.com/exposition-photo/ ).

Je reste local avec une thématique sur le Vexin et ces ciels. Bon nombres d’images  prévues ont été envoyées, testées sur le forum. Il ne  faut pas se leurrer, même à moindre coût une expo ça reste un « un budget » ( un à deux mois d’un budget clopes mais je ne fume pas ). J’ai pris l’option d’imprimer moi-même mes images en A3+  sur du papier fine art Hahnemülhe  Baryta FB 350 g avec une imprimante Epson Sure Color P600. J’ai intégré le profil couleur fournit par le fabricant pour cette imprimante ; le rendu est conforme à mon écran calibré. Le coup de main attrapé c’est la solution la plus souple et la plus économique : aux environs de 8 à 10€ le tirage A3+. A cela s’ajoute le plaisir du « fait maison ». Logiquement je cesserai toute activité pro l’an prochain faut bien que je me prévois de quoi m’occuper.

 

 As-tu des domaines de prédilection en photographie ? 

 

Oui bien sûr. Vous l’avez sans doute déjà deviné en voyant mes sujets postés ( même si je m’efforce de varier les thèmes ) ; je suis avant tout un photographe paysagiste, avec quelques séances de chasse à l’orage ( en fonction de la météo et de mes disponibilités ). Face à une belle architecture, je ne laisse pas le boitier dans le sac ( mais c’est une approche similaire au paysage ).

Après, je peux m’intéresser aux artisans, aux gens qui travaillent de leurs mains, sans doute parce que j’y retrouve des valeurs familiales et personnelles : le travail par passion et la volonté de bien faire les choses. C’est aussi pour cette raison que je me suis intéressé au monde du cirque. Depuis plus de 20 ans, nous avons la chance d’avoir un festival  international, on y voit des numéros de grande qualité ; bon  nombre d’entre eux sont présentés à Monté Carlo, Massy, Saint Paul les Dax ou chez la famille Bouglione, pour ne citer que ces lieux les plus connus. Le monde du cirque, c’est une grande famille, les gens se croisent aux quatre coins de l’Europe, sont heureux de se retrouver. Ils adorent se photographier seuls mais surtout en groupe ( le photographe n’est pas le mal venu donc ). Ce sont des « bosseurs qui n’arrêtent jamais, que ce soit pour gérer des détails techniques purs et durs ou continuer  de parfaire leur  numéro  pour une prochaine présentation et donner le meilleur pour le public. Bref des gens simples et accessibles  qui me laissent toute liberté de photographier  que ce soit pendant le montage, les répétions ou représentations publiques. Et ça c’est d’un confort inestimable pour tout photographe. C’est une période assez intense, mais un réel plaisir de participer à cet évènement. On est loin du monde du showbiz, où bon nombre d’artistes sont entourés par des gens qui ont intérêt à ce que les choses soient compliquées ( si elles ne l’étaient pas, ces mêmes personnes seraient au chômage ).

Ponctuellement, je suis sollicité par  le service communication de ma ville ( quand le photographe  « en titre » n’est pas disponible ), du coup je suis amené à faire des images sur des sujets les plus divers. C’est une ville ouverte aux expérimentations avec un très fort tissu associatif. Les premiers triathlons en France se sont faits aux Mureaux, le premier club aéronautique avec des avions agréés pour pilotes handicapés c’est encore ici. Nous avons l’aérodrome avec la plus longue piste en herbe d’Europe ( il y a peu l’armée de l’air y  est venue s’y entrainer avec ses gros porteurs ). Du coup nous avons un meeting aérien avec la patrouille de France qui vient  faire son show. Bref je peux être amené à faire des images sur des sujets très divers. Cela m’oblige à sortir de ma zone de confort.

 

La photo de charme ne m’attire pas vraiment, même si par le passé, dans le cadre d’activités de club photo j’ai pu assister à quelques séances ( avec Laurent Biancani et MMF ou avec Jean Gérard Seckler  ancien président de la FPF, pour les anciens qui ont connu cette époque ).

L’animalier : je n’ai pas la connaissance de mon copain Laurent Charbonnier cinéaste animalier ( nos premiers pas photo se font ensemble avec ce fameux « mille clubs »). Mais quand je pars en randonnée l’été, j’ai le 200-500 dans le sac ( en plus du reste qui pèse aussi ). Et c’est un plaisir de pouvoir mettre en boite marmottes, bouquetins, ou vautour fauve par exemple. Mais je ne suis pas un « spécialiste » de l’animalier.

Proxi et macro :  je n’ai pas la patience  et sans doute pas le savoir-faire de certains d’entre vous . Mais je ne reste pas insensible à une belle photo macro, là je suis plus spectateur qu’acteur.

 

Qu' est-ce que tu penses du monde de la photographie actuelle ?

 

Vaste question là. Même avec quelques boissons et de bons amis autour d’une table, on ne pourra pas clore le débat à la fin de la nuit. 

Il y a quelques années sur un forum ( qui a fermé depuis ) il y avait « un petit jeune » publiant une image  en disant en gros  ceci  : «  je suis content de mon image, mais j’ai dû en faire beaucoup ( pour réussir celle-ci ),  avant, je ne sais pas comment ils faisaient du temps de l’argentique ». Voyant ces lignes me suis dit là, ça me démange, je me dois de répondre. De mémoire, j’ai rédigé ceci : 

« Tout d’abord on débutait par du noir et blanc que l’on développait et tirait nous-même, c’était moins cher. Les films faisant 12,24, ou 36 vues cette limite technique nous contraignait à réfléchir AVANT de déclencher. Aujourd’hui on a tendance à réfléchir APRÈS».

En effet anticiper le rendu d’une image  par une bonne mesure de l’exposition était essentiel. Les frais de  labo étaient, de fait, un encouragement à la sobriété. Oui je confirme qu’avec les outils actuels on a tendance à réfléchir après avoir déclenché ( moi le premier d’ailleurs ). Récemment j’ai  fait un peu de ménage dans les disques durs, j’ai récupéré pas mal de Go d’espace disponible,  ce qui prouve bien que bon nombre d'images n'étaient pas essentielles. Il convient donc de trouver le juste milieu entre le déclenchement à tout va et la sobriété d’antan.

Il m’arrive de faire de la photo en pose lente ou des  panoramiques. Dans ces moments, je me  retrouve dans un autre état d’esprit. Pour  un panoramique 360 x 180°,  tu dois anticiper pour pouvoir supprimer ce fameux trépied ( bref c’est comme dans la vie, tu dois réfléchir où tu mets les pieds ). En pose lente, tu attends la fin de cette pose,  tu regardes le paysage, le ciel qui change…. Bref ta prise de vue de vue ne se résume plus  à un clic et hop on est parti. Celui qui pratique  l’affut est sans doute dans le même état d’esprit : se donner du temps et de la réflexion pour l’image.  Voilà une démarche un peu à contre-courant des pratiques actuelles.

 L’image est partout, surtout depuis le jour où l’on vit avec un appareil photo en permanence à portée de main : son smartphone. Avec nos reflex et nos hybrides nous restons des « marginaux » de l’image, pourquoi prendre un outil spécifique, lourd souvent, et rarement « pas donné ». L’envie de créer de belles images d’en maitriser paramètres et codes  sont sans doute de puissants motifs. Mais que fait-on de toutes ces images produites ?

Un artiste plasticien, un reporter pour une agence, un photographe de mariage, un spécialiste de la photo de nature, tous ces gens-là pratiquent la photo mais avec des rendus totalement divergents. Les utilisations  et les objectifs recherchés sont tellement différents qu’il est impossible d’avoir un avis tranché sur la photographie en général. C’est peut être  là le début de la « sagesse » qui vient avec l’âge, ou le fait de garder cette âme de « débutant » :  rester ouvert au monde, aux approches diverses. C’est à chacun de décider.

 

Côté post traitement, tu en es où ? Tu en fais beaucoup ? 

 

J’ai toujours fait les prises de vues en RAW. A de rares exceptions en JPG ;  pour des reproductions de documents  où l’éclairage est maitrisé et  constant, les prises de vues testées sur écran pour analyser le rendu. Ensuite en avant Guingamp  pour la série de repros.

Qui dit RAW,dit négatif numérique et développement en aval. J’ai débuté avec le logiciel Nikon Capture NX2  doté des fameux points de contrôle,  que l’on retrouve dans la NIK Collection ( qui était un éditeur indépendant ). Ensuite j’ai testé DXO Optics Pro 9 mais toujours utilisateur de NX2. L’apparition du  mode  Prime chez DXO ( la version 10 ou 11 )  fut une belle innovation pour le traitement du bruit. Mais il me manquait les traitements localisés ( notamment pour les images de ciels et d’orages ). Je me suis intéressé à Lightroom pour ça. Mais j’ai trouvé cette logistique trop lourde, l’importation des fichiers : du temps de perdu. Jongler entre les deux logiciels était pénible. Hé oui à l’époque Pure Raw n’existait pas encore. Je me sentais plus à l’aise avec  DXO opérationnel tout de suite, avec des corrections optiques particulièrement adaptées ( c’est leur cœur de métier et c’est une boîte française ).

Ensuite dans Photolab (DXO Optics Pro devenu Photolab) sont apparus les correcteurs locaux. Et là, ça m’a changé la vie. Pouvoir tout traiter dans le même logiciel  quel confort ! J’ai lâché LR pour ne travailler qu’avec Photolab.

Je dirais que je fais peu de post traitement, ou le strict nécessaire  pour rendre l’image présentable. En effet les RAW sont toujours plats puisqu’ils vont être travaillés ; les algorithmes pour le développement  ne sont pas passés par là. C’est au photographe de faire le boulot selon ses goûts.

Je reste basique dans mes traitements : remonter un peu les ombres parfois , surveiller les hautes lumières surtout, recadrer si nécessaire. Ajouter points de contrôle ( Upoints ) ou dégradés  pour des corrections localisées. Parfois modifier un poil la température de couleur. Redresser un horizon ou des fuyantes. Bref rien que des choses simples qui me prennent que quelques minutes par photo. C’est un peu la même chose quand je conseille des traitements sur les images du forum : des choses simples qui prennent peu de temps ( soyons honnête je ne vais pas passer des heures sur les images des copains alors que j’en ai des tonnes  qui sont à faire ).

Je reste persuadé que si tu as la bonne  lumière tu as fait 80 % de l’image. Je surveille l’histogramme et l’affichage des hautes lumières est quasiment affiché en permanence. Je peux refaire une vue si besoin. Sur le terrain tu as beau avoir le dernier boitier « haute technologie » ( si si souviens toi , celui qui t’a couté un bras, voir même les deux ), le meilleur des logiciels de traitement. Si tu as une lumière mauvaise, tu auras au final un résultat  médiocre.

Je suis à la fois impressionné et inquiet quand je vois les possibilités offertes par l’intelligence artificielle. C’est un bon outil mais pour quoi faire ?  Pour les photojournalistes c’est un vrai souci qui peut remettre en cause leur travail et l’authenticité de leurs images. Un marteau c’est pratique pour enfoncer des clous ; ça l’est moins pour trucider son voisin. Les outils tout dépend dans quelles mains tu les mets. Il faut se méfier des instruments qui proposent des réponses « standard » mais toujours les mêmes. A une époque je me souviens voir toujours le même style de photo noir et blanc : celui proposé par Silver Efex. La machine est là pour donner « un peu de confort » pas pour gommer la personnalité de l’auteur.

 

Justement : existe t-il encore un avenir pour la " vraie " photographies et les "' vrais " photographes ? 

 

Il faudrait déjà définir ce que peut-être la vraie photo. Prendre une focale plutôt qu'une autre, cadrer c'est choisir, éliminer, bref rien d'objectif là dedans. Les règles dans le domaine artistique ça me fait toujours peur. Encore une fois le débat sur ce thème ne sera jamais clos.

Dans le passé il y a eu un mouvement de photographes tiraient leurs images avec le bord du film pour justifier l'absence de recadrage ( pour certains une sorte d’affirmation ma photo est meilleure que la tienne car pas recadrée ).
L'AFP et NIKON travaillent en ce moment sur un  process qui certifiera l'absence de manipulations dans l'image. Les photographes de presse auront toujours besoin de tels outils. Le travail dans l’image ne me gêne pas, tant que la démarche reste artistique. Depuis le pictorialisme ( où les photographes s’inspiraient des peintres pour se trouver un statut d’artiste ) il y a toujours eu des photographes qui travaillent l’image, font des collages etc. Là où j’ai des réserves c’est lorsque l’image est liée à l’information ou doit servir de témoignage. Je repense à l’image construite de toute pièce pour  le Wildlife Photographer of the Year ( le fameux fourmilier et la termitière ) ou aux  personnages qui disparaissent des images officielles dans les pays autoritaires.

Parfois j’ai tendance à être comme Albert Einstein qui disait : « Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l'univers, je n'en ai pas encore la certitude absolue ». Quand je pense au platistes et consort, j’ai parfois des doutes sur leurs talents à bien utiliser la technologie photographique.


Il y a encore des photographes "argentique", d'autres qui ne photographient qu'à la chambre ou exclusivement en noir et blanc. Ce sont des niches photographiques. Il est possible que dans l'avenir les photographes qui ne manipulent pas leurs images deviennent aussi des photographes de niche. Mais restons optimistes car à chaque  fois qu'une nouvelle technique apparaît les gens s'en emparent pour l'utiliser jusqu'à l'excès. Puis vient ensuite le temps de la maturité en utilisant la technologie que pour ce qu’elle est : un outil d’aide à la création.

 

Quel genre de critique es-tu ? Qu'est-ce qui prime pour toi quand tu regardes une photo ?

 

Je suis sensible à la composition ; voir comment l’image est construite avec les lignes, les courbes etc.., comment le regard est guidé dans l’image. Mais il y a aussi l’émotion, le message qu’elle peut transmettre. Pour moi la composition doit servir cette émotion. A choisir, je préfère une image forte avec des défauts qu’une image bien construite  mais qui en devient lisse « aseptisée ». J’aime aussi  les images qui « racontent une histoire », qui évoquent une tranche de vie, une ambiance.

La lumière est un élément important; parfois je suis déçu au retour d’une sortie photo. Je me dis c’est dommage tout est bon dans cette image mais il suffisait d’être plus rapide ou patient ( c’est selon ) pour avoir ce petit coup de soleil qui fait chanter les couleurs, qui  donne de la vie à la scène. Attention même en noir et blanc on peut noter des nuances différentes entre une scène avec ou sans soleil. L’absence de couleur ne fait pas disparaitre le travail de la lumière.

Jouer avec des éclairages rasant, voir à contre-jour peut être un défi technique mais c’est très  vite récompensé par la vie, le relief qui en découle entre ombre et lumière. Là je ne sais plus si c’est mon expérience photo ou l’activité d’éclairagiste qui me fait dire ça. En fait elles se complètent, j’en suis de plus en plus convaincu.

Après avoir parcouru l’image  dans sa globalité je vais regarder s’il n’y a pas des points de déséquilibre ( comme disait Harald Mante dans « La composition en photographie »). Avec les moyens modernes dont nous disposons, un coup de tampon, un outil pièce, voir l’option remplir avec contenu pris en compte font des miracles. Des petits détails peuvent perturber gravement la lecture d’une image.  Je peux être « pinailleur » sur ces petits détails.

 

Pourquoi t'être inscrit sur le forum photo ? Qu'est-ce que ça t'apporte ? 

 

On peut pratiquer une activité de loisir, mais le monde associatif ne peut pas vivre avec des membres exclusivement « consommateurs ». Tu reçois  quelque chose, mais à un moment donné, il faut aussi « renvoyer l’ascenseur » : donner de ton temps, transmettre une expérience  que tu as reçu un jour, bref faire en sorte que « la machine tourne ». Je viens d’un petit village, à l’époque les offres de loisirs restaient minces,  avec l’exemple familial, j’ai toujours eu l’habitude de donner des coups de mains à un moment où l’autre : club sportif, kermesse des écoles, comité des fêtes etc… Bref si tu voulais des loisirs fallait te prendre en charge.

Ce fut logique pour moi de prendre un engagement  dans la vie du fameux club photo local puis au sein de l’union régionale 7. Pour la petite histoire je fus chargé de la promotion de l’audiovisuel ( que l’on appelait diaporama  bien avant l’arrivée de Powerpoint ). Je fus aussi « délégué fédéral » ( je ne sais pas si ça existe encore dans les statuts ) ; puis membre au CA de la FPF. Mais comme je l’expliquais plus haut j’ai dû faire des choix, devenir papa , créer une entreprise  étaient déjà de lourdes tâches, j’ai lâché les activités FPF. Ponctuellement j’ai donné quelques petits coups de mains à droite ou à gauche.

Pour toutes ces raisons, j’ai gardé des attaches avec la région Centre. Comme je le disais dans mon fil de présentation c’est par « un curieux  hasard » : je jetais un œil sur le site de la FPF  et la composition de l'UR7. Un club photo issu d’un forum de discussion voilà une chose « intéressante ».

Je suis venu « voir ». J’ai parcouru les rubriques. Le contenu était de bonne tenue, pas de prises « d’égo »  avec des avis sur des détails  qui finissent par avoir aucun rapport avec le sujet original. Bref lire des articles sans y voir  des agressions personnelles à tout bout de champ, lire des interventions en langage SMS , ni trop de fautes de d’orthographe ( je ne suis pas le dernier sur ce coup là, mais bon j’essaie d’éviter )  tout cela  a un côté  « reposant ».

Ce que cela m’apporte : une détente, un partage des expériences, d’autres façons de voir. Là encore la fameuse mutualisation des connaissances. Se « frotter » aux regards des autres. Partager une passion.

 

Tu parles de crise d'ego. Est-ce que tu penses qu'on peut critiquer négativement une photo sans nous attirer les foudres de son auteur ? 

 

Là tout dépend de ce que cherche l’auteur de l’image. On pourrait parodier Desproges quand il parlait de l’humour. 

Toute publication est une « prise de risque » :  celle d’être bien  ou mal accueillie. A partir du moment où l’auteur de l’image vient dans le but d’échanger, et de recueillir des avis, on peut dire les choses à mon sens. Mais cela doit se faire avec courtoisie, respect et  sans attaques personnelles ( on a passé l’âge des cours de récrée ). A charge pour le rédacteur d’argumenter son analyse et point de vue sur l’image.

En tant que photographe, on peut avoir des rapports très affectifs avec certaines de nos  images  ( cela peut être lié au moment de la prise de vue, au cadrage que l’on pensait original, etc…). Mais ce rapport particulier  peut nous rendre un peu « aveugle » en quelque sorte. Ce regard extérieur peut parfois surprendre, moi le premier. Il faut garder son calme, relire, revoir  l’image, peut être laisser murir les choses pour mieux les analyser. Au contraire il peut aussi nos révéler des évidences  et on peut aussi se dire « zut pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? »  On peut aussi répondre et  préciser son intention de photographe; bref échanger autour de l’image.

Si par un hasard  un auteur se vexe, déclenche polémique, les choses deviennent pénibles et sans grand intérêt pour moi. C’est aussi pour cela que le petit poème de Jacques Prévert inscrit dans ma signature me plait beaucoup.

 

Y  a t-il des photographes dont tu admires particulièrement le travail ?

 

Hou là là la liste peut être longue, on peut commencer par les photographes humanistes avec Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau et Willy Ronis, sans oublier l’humour de René Maltête, ou  Sabine Weiss qui nous a quitté il y a peu. Les images de Vivian Maier ( originaire du Champsaur ) dont la production fut découverte et reconnue après sa mort est dans le même registre que nos humanistes.

A l’exception de l’image du président Hollande (sans doute le résultat d’une négociation entre photographe et les communicants qui ne manquent pas graviter dans ce milieu), j’ai toujours apprécié le travail de Raymond Depardon photographe et cinéaste avec son épouse Claudine Nougaret. Il a aussi contribué à la fondation du BAL,  lieu d’exposition photographique dans le 18ieme  arrondissement de Paris.

Pour qui a fait du labo noir et blanc  il est impossible d’ignorer Ansel Adams  pour la qualité des paysages et les rendus noir et blanc incroyables que l’on cherchait  à égaler. J’ai dû avoir deux fois cette « bible »  qu’est son bouquin sur le  « zone system » ; à chaque fois prêté à une connaissance, mais jamais retourné.

Ayant pris l’habitude de raconter des histoires dans des diaporamas, j’ai beaucoup suivi le travail de Duane Michals. Ses rendus noir et blanc entraient en résonnance avec mes images d’urbex ( qui ne s’appelait pas ainsi à l’époque ).

Sebastião Salgado est un photographe qui ne peut être oublié ;  à la fois  pour son travail de reporter qui ne valorise pas nécessairement la nature humaine, puis son engagement pour la santé de notre planète.  Yann Arthus-Bertrand est un peu dans la même démarche nous montrer les beautés du monde.

J’admire la patience, l’opiniâtreté d’un Vincent Munier pour ces images animalières. Coté paysage et nature, je suis sensible au travaux de Thierry Vezon , Jean  Michel Lenoir ou Guillaume Billy. Guillaume est un ami, nous l’avons vu arrivé tout jeune au festival de Multi-Images de Chelles ( il devait avoir 16-17 ans ). Il a fait sa formation photo puis a suivi son petit bonhomme de chemin en toute discrétion (c’est l’anti fanfaron par excellence mais rempli de talent) Il est gentiment « adoubé par la rédaction de Chasseur d’Images et Nat’Images . C’est aussi un habitué du BBC Wildlife Photographer of the year, du  Festival de l’oiseau ou ceux de Montier en Der ou  Namur. Coté orages Xavier Delorme reste la référence en France , il sait où se placer et n’est pas avare en km pour capter les situations intéressantes ou exceptionnelles.

Entre photo et art contemporain j’ai aimé les travaux de Sophie Calle, tout comme ceux de JR que m’a fait découvrir ma fille quand elle était encore étudiante aux Beaux Arts.

Professionnellement j’ai eu le plaisir  d’éclairer  les images d’Erwin Blumenfeld, Peter Knap, Hiroshi Sugimoto ou Thomas Struth. A charge pour moi de les mettre en valeur avec la lumière, en accord avec l’artiste ( quand il est présent ).  C’est une autre manière de croiser les images,  et de les appréhender.

 

 Est-ce que tu penses que l'on peut devenir un très bon photographe sans avoir de culture photographique ?

Là est l’éternel débat entre l’inné et l’acquis. Je pense que les « génies » sont rares. Comme dans toute pratique,  que ce soit dans une activité de loisirs comme dans un métier, le savoir-faire, et le talent s’acquièrent avec le travail et l’expérience. Pour résumer et « faire simple », si l’on veut faire de bonnes photos faut en avoir « ratées » beaucoup. Avec le temps la technique est maitrisée, la façon de voir s’affine, le taux de réussite augmente.  

On ne fait pas de photos que pour soi, elles s’adressent aussi aux autres ( famille, amis, visiteurs, clients…). C’est une forme d’écriture; pour être compris,  il faut connaitre un minimum les codes de communications visuelles qui nous entourent. Visites de musées et d’exposition  contribuent à notre  enrichissement culturel. Cela nous ouvre des portes nouvelles pour évoluer dans notre pratique photographique.

 

Parlons un peu de l'homme que tu es. Qu'est-ce qui te fait vibrer ? Tu as un philosophie de vie ? 

 

Issu d’un village du Loir et Cher, père artisan perfectionniste, ambiance compagnons, ça conditionne et « laisse de traces ». La recherche de la perfection peut aussi conduire au doute. Il faut trouver cet équilibre entre incertitude et confiance en soi. S’appuyer sur l’acquis pour avancer et tenter d’autres choses est sans doute la solution. Autodicte dans mon métier c’est ainsi que je fonctionne ( je ne suis pas un commercial prêt à vendre tout et n’importe quoi ). Je suis sensible au savoir-faire des uns et des autres ; c‘est une valeur familiale qui reste. Des gens qui font leur travail à « moitié » ça m’énerve au plus haut point. Comme dit le dicton populaire « il n’y a pas de sot métier ». Si chacun fait sa part pour le collectif, tout marche à merveille. La crise COVID nous a bien montré que les jobs  souvent « ignorés » étaient devenus essentiels.

Ce qui me fait vibrer : c’est de prendre la petite route en pointillé sur la carte, pas moins que le 1/200.000 pour avoir des détails, ( avec une formation initiale de topographe, je suis très carte papier ) mais je ne suis pas contre repérer un spot  via les vues satellites pour trouver ce coin « perdu »  idéal pour s’y poser, s’y reposer aussi et bien sûr faire des images. Quand je serai plus disponible,  je compte bien repartir pour la Scandinavie, l’Écosse, l’Irlande… J’ai aussi des attirances pour  les Cévennes, l’Aubrac (mais en été il fait trop chaud pour moi) voilà les univers qui parlent.

Comme je le disais plus haut j’ai baigné dans le monde associatif dès mon plus jeune âge, et j’y suis encore sensible. Là encore le sens du « collectif » où chacun apporte sa contribution dans la mesure de ses moyens est important à mes yeux. Les bénévoles sont de plus en plus rares et c’est regrettable. On ne valorise pas assez cette énergie consacrée au bien commun. L’évolution du monde basée sur la consommation, nous a sans doute tous éloignés  de ces pratiques. Je crains que les évènements nous ramènent par nécessité à ces valeurs essentielles.

 

Nous arrivons à la fin de cette interview. Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose ? Transmettre un message à ceux qui te liront ? 

Je profite de cet instant pour te remercier pour le temps consacré à animer cette rubrique. Mais comme seule on avance moins vite qu’à plusieurs j’en profite pour remercier toutes les bonnes  volontés ( admin et modérateurs ) qui travaillent « en soute » ; un travail qui ne se voit  pas mais qui reste indispensable pour une bonne tenue de ce forum. S’il y a un souhait à faire : qu’il garde sa spécificité et la bonne humeur entre participants.

 

C'est moi qui te remercie pour cet entretien très intéressant.

.............

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Commentaires recommandés

puncho

Membre
Posté(e)

Wow du pur bonbon cette entrevue, merci à vous deux , quel ciel espoustouflant dans la dernière photo. 

Posté(e)

j'attendais le dernier interview de Nikita et je ne suis pas déçu ! 

Ca faisait un bon moment que je me demandais qui était derrière ce @PatrickLMX

Voilà qui est fait et j'ai pris plaisir a lire sa prose et à suivre son parcours.

Interview toujours très bien mené par @Nikita qu'il faut remercier au passage. 

Merci à vous deux. 

 

A qui le tour ?? :) 

Posté(e)

Merci @PatrickLMX d'avoir bien voulu répondre à ces questions, c'est toujours bien d'en connaître un peu plus sur les membres :) 

Bclaude57

Membre
Posté(e) (modifié)

Merci @PatrickLMX pour cet interview accompagné par deux belles photos.  J'ai pris beaucoup de plaisir à te lire et c'est très enrichissant. Ton expérience photographique et tes remarques sur les photos postées sur le forum nous seront très utiles.. 

Bonne continuation avec nous sur le Forum. Et merci @Nikita.  

 

Modifié par Bclaude57

Posté(e)

Merci d'avoir partagé avec nous un peu de toi, ton regard et ton parcours.

J'ai pris plaisir et intérêt à te lire et à te découvrir.

Content que tu te sois joins à nous.

Merci à vous deux @PatrickLMX et @Nikita :)

 

Jiheme04

Membre donateur
Posté(e)

Un interview fleuve que j'ai mis plusieurs jours à lire et relire.

On en apprend beaucoup sur la personne et on comprend sa démarche à la lecture révélatrice de ces lignes.

Merci de t'être soumis aux questions inquisitrice de la patronne 😉

Et d'y avoir répondu avec force détails et précisions.

yvesphotos

Membre
Posté(e) (modifié)

Merci pour cet interview.

Je viens de la lire, mais je la relirai, car c'est  dense...

2 mots m'ont frappé au début de la lecture, le Krokus 3 color et le Lubitel, on a mis le pied sur le même étrier

Bonne continuation sur le forum 

Modifié par yvesphotos

Posté(e)

Ravi d en avoir appris un peu plus sur toi !! Merci à toi pour cet interview et à @Nikita!!

Ça m a fait sourire quand tu dis que ce que tu aimes c est te lever tôt pour aller faire de la photo car perso en ce moment avec le manque de temps et la fatigue c est ce que j exercre avec la photo 😅😆😆😆

PatrickLMX

Membre donateur
Posté(e)
Le 02/07/2024 à 10:06, YannickBac a dit :

Interview toujours très bien mené par @Nikita qu'il faut remercier au passage. 

Oui elle fait ça très bien  cet échange épistolaire a duré quelques jours.

Il y a 21 heures, Jiheme04 a dit :

Merci de t'être soumis aux questions inquisitrice de la patronne 😉

Et d'y avoir répondu avec force détails et précisions.

 

Il y a 4 heures, yvesphotos a dit :

Merci pour cet interview.

Je viens de la lire, mais je la relirai, car c'est  dense...

2 mots m'ont frappé au début de la lecture, le Krokus 3 color et le Lubitel, on a mis le pied sur le même étrier

Bonne continuation sur le forum 

Oui je sais je suis bavard. Et j'ai essayé de détailler pour un peu plus de précision.

Krkus et Lubitel  des "incontournables" d'une époque. Mais j'arrête là car cela risque de faire discours "d'anciens combattants" 🤣. un temps ma fille m'a chipé ce Lubitel puis elle a trouvé le X500. Maintenant elle fouille du coté des magnétophones .  C'est "exotique" pour les jeunes.

Posté(e)

Merci de t'être prêté au jeu et de nous permettre ainsi de mieux te connaître.

Fotophobe06

Membre
Posté(e)

Merci Patrik pour cet interview qui nous permet de mieux te connaître et que j'ai très apprécié.

Posté(e)

Riche interview pleine d'expérience (et sans prise de tête), que j'ai eu plaisir à lire.

Beaucoup d'argumentations, ce qui manque souvent aujourd'hui. 

Merci pour ces quelques lignes :D;)

Patty33

Membre
Posté(e)

Mais oui moi j'ai tout lu ! Interview très riche, merci  

Posté(e)

Merci pour ce bel interview fleuve très détaillé. 

Nous avons un point commun j'ai commencé le Numérique en 2005 mais avec un Canon EOS 20D 

MorganG

Membre donateur
Posté(e)

Mon cher @PatrickLMX, j'ai lu attentivement ton interview, et je dois t'avouer que je n'ai pas été surpris... tu sembles bien être la personne franche, sincère et humaine que j'imaginais à la lecture de tes posts. Merci pour ce chouette moment partagé avec nous. Et merci à @Nikita aussi.

WalterZ

Membre
Posté(e)

Bonjour,

Merci pour cet interview.
Je suis content de voir que je ne suis pas le seul à apprécier DxO Photolab.

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