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Large format


Lumac
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Je voulais raconter un peu mon parcours qui m’a amené au format large il y a quelques années. Je voulais surtout partager mes doutes, mes joies et peines à ceux qui comme moi avant cette aventure, ont peur de se jeter à l’eau.

Tout d’abord, le pourquoi du plein format. Je vais surement passer pour un idiot, mais par rapport à un photographe dont j’ai eu la chance de visiter plusieurs de ses galeries : Peter Lik. J’ai été fasciné par la qualité de ses œuvres et la précision de la réalisation. A cette époque (il y a 5-6 ans), il avait en plus une émission sur la chaîne américaine « weather chanel » où il présentait les sites qu’il photographiait, comment il pensait la photo avant de shooter et comment il la traité. Mais quel était cet appareil, défiant toutes mesures, qui trimbalait sur son épaule ? 

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Me voilà tombé sur le « Linhof technorama 617s III ». 


Quoi ? Il existe d’autres types d’appareils que les réflexes pour faire du paysage? 
Et oui, je fais parti de cette génération ne connaissant que les compacts/hybrides/réflexes : les cameras dont parlent les magazines, ces articles récurrents sur les batailles légendaires entre 4-5 marques expliquant aux « experts » que nous sommes que le tout dernier appareil acheté est déjà obsolète.

Me voilà entré dans le monde du moyen et large format. Un tour rapide sur les prix me fait comprendre que ma bourse ne me permettra pas d’avoir le même objet qu’à la télé. J’abandonne l’idée pendant un temps, continuant mes photos avec mon réflexe (ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit, j’adore mon A99 . J’ai pris et je prends énormément de plaisir à shooter avec).

Nous voilà en fin 2013, je vois plusieurs photographes qui présentent des photos en argentique et dans le même temps une amie me montre un rolleiflex que son père lui à donner. Je trouve l’objet magnifique et me dit que ça peut être marrant d’acquérir un de ses « vieux » appareils pour s’amuser et d’essayer autre choses que le digital. Une émission sort plus ou moins en même temps sur f1.4 sur Jérémie Mazenq et son appareil. L’univers tente de me faire passer un message !


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http://www.funquatre.fr/f1-4-s02e14-...eremie-mazenq/


Je regarde un peu sur les sites de vente d’occasion (pour ne pas faire de pub, j’utiliserai la version phonétique : i b) et je tombe par le plus grand des hasards sur un appareil – argentique – large format…qui plus est, dans mon budget !!! Mon cœur a raté 1 ou 2 battements entre l’envie de plonger et la crainte de ne pas y arriver. Un peu paniqué, je l’avoue, je me presse d’écrire une demande à l’aide sur un autre forum pour savoir si je vais droit dans le mur ou non.  Suivant leurs conseils, me voilà alors lancé dans l’aventure. A partir de là, le stress augmente.
-Est-ce que j’ai bien fait ?
-L’appareil est en état de marche au moins ?
-Mer** comment je vais faire pour développer les films ?
-Comment ça on peut faire du tilt shift avec un engin comme ça ?
-Et mon trépied ? il va être assez solide ?
-Mais comment je vais faire pour développer ces p*** de films ?
-Bon, il y a quoi comme type d’objectif ?
-… ?

J’avoue que le temps entre l’achat en lui-même et la réception a été assez long pour se poser des tonnes de questions, mais de voir les possibilités sur le net et les membres du site m’aident à me dire que je n’ai pas fait le mauvais choix.
Coup de téléphone de la secrétaire à mon bureau : Un colis vient d’arriver à mon nom, mais trop gros, je suis donc prié de venir le chercher.
Une boite en carton marron de 70x70x70cm m’attend. J’enlève le scotch, retire le papier bulles mis pour le voyage et sort finalement un « bébé » de 5.5kg. Il est parfait ! 
Je peux enfin le présenter fièrement à mes collègues de bureau. Les plus anciens se rapprochent (surement à cause de leur presbytie), me disent qu’ils ont connu ce type d’appareil, que celui-là est vraiment en bon état et, avec un clin d’œil, me disent que je vais vraiment m’amuser avec. Regonflé, remotivé, je le place sur le trépied, bloque ma respiration lorsque je lâche la prise…ouf, ça à l’air de tenir pour le moment! 

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Bon, à présent, comment ça marche ? Je ne trouve pas le slot pour la batterie et la carte SD ^^ mais je suppose que les grandes cartes fournis avec l’appareil vont me servir de pellicule… pardon, de film, puisque ici, on est sur des format 5x4 (soit environs 12x10 cm). 
Bref, il est enfin temps de faire un premier essai. Un tour rapide sur la camera et à première vue, rien ne ressemble vraiment à ce que je connais. En regardant de plus près, je vois sur l’objectif l’échelle pour l’ouverture avec une glissière… on voit à travers l’objectif le diaphragme s’ouvrir et se fermer : Gestion de l’ouverture : check

Une seconde bague présente des chiffres de type 1/250, 1/400 etc… je suppose sans trop de difficulté que c’est le temps de pose, la bague bouge bien pour se placer sur les valeurs souhaitées: Gestion du temps de pose : check.

Un tour du côté de la vitre dépoli à l’arrière, l’image est floue. Rien d’anormal me direz-vous. Mais comment faire la mise au point ? Je n’ai pas vu d’autre bague sur l’objectif…je ne vais pas déplacer le trépied pour pouvoir avoir l’image nette…peut être en bougeant le soufflet ? Oui, c’est bien ça. Première grosse différence, c’est en modifiant la géométrie de la boite noire que l’on modifie la mise au point. Surtout, première grosse claque sur la précision et la netteté de l’image sur cette vitre arrière (Des vis macro permettent de faire bouger l’ensemble tout en douceur). J’ai l’impression de voir…en 3D. A pleine ouverture, le bokeh est vraiment joli. On voit directement le résultat, mais pas encore de photo prise pour juger du rendu sur papier. Bref, mise au point: check

Reste le déclenchement… Pas de bouton à l’arrière, rien sur le dessus, pas de câble avec bouton poussoir. Une languette en métal sur le côté de l’objectif, mais rien ne se passe lorsque j’appuie dessus (je sens pourtant quelle bouge à la moindre pression). Voyons voir à quoi servent les 2 autres boutons que je n’ai pas encore tester. L’un d’eux me permet de fermer physiquement l’objectif. Je me dis que c’est logique. Lorsque je chargerai le film, il ne faut pas qu’il soit exposer… il faut donc obturer le chemin optique. Le dernier bouton quant à lui fait un bruit métallique lorsque je l’actionne, comme le chien d’un revoler que l’on armerait, mais rien de plus ne se passe. Bizarre.
Je tente de rappuyer sur le déclencheur et tout s’enchaine en quelques millisecondes. L’obturateur s’ouvre je vois l’autre côté de la camera et tout se referme. Il faut ARMER le déclencheur. Je viens surement de passer pour un abrutit auprès de certains d’entre vous, mais quelle découverte. Loin d’être intuitif, je viens de résoudre le dernier point. Enclenchement : check !

 

top.jpg.8db603e5f6560d488472a9a36d38223c.jpg

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Me voilà grandement soulager d’avoir compris les principes de bases que je maîtrisais sur mon APN. Je vais pouvoir commencer à essayer de bouger les différents éléments grâce à toute une série de molette/vis. On peut faire bouger les 2 plans (avant et arrière) de haut en bas, les incliner (haut/bas, mais aussi gauche/droite) donnant des effets différents sur le rendu. Il est donc possible de faire une mise au point sur les yeux d’un modèle avec un dégradé de la mise au point selon l’axe verticale. Ou encore faire une mise au point sur un bâtiment avec un dégradé du flou de gauche à droite. Mais aussi la possibilité d’aligner les parallèles sur de la photo d’architecture... Je comprends enfin pourquoi, sur les différents forums, on dit que ce genre d’appareil est un stimulateur d’idées. Les configurations possibles sont bien plus grandes qu’avec mon réflexe et mes objectifs. Je pense déjà à la prochaine photo, les effets que je pourrai faire. 

 

Niveau developpement, je suis allé au plus simple. Un studio permet de faire les developpements de ce type de film. Il faut en revanche prevoir son budget car chaque photo coute dans les $6-$7.

 

Mais au final, c'est vraiment un plaisir de pouvoir utiliser ce type d'appareil... puis au final, on est tout simplement des passionnés

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Club photo

Merci pour ce partage d'expérience très enrichissant @Lumac . :)

Cela a l'air tout de même assez fastidieux, du moins pour moi. :D 

Tu n'as plus qu'à nous monter les photos maintenant. 

Et tu as raison : on est tous des passionnés. ;)

 

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Club photo

@Lumac un grand merci d'avoir partagé cette aventure avec nous au travers d'un récits captivant du début à la fin.

Je n'aurai jamais soupçonné, moi qui n'ai pratiqué la photo qu'avec du numérique, que l'on pouvait faire autant de chose avec cette bête étrange. 

Quand la passion est là tout le reste suit ...

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Nostalgie, nostalgie...

Comme je l'ai déjà évoqué, j'ai fait mon service militaire dans un service photo de l'armée de l'air. En utilisant principalement deux appareils. Le Rolleiflex (et son clone de chez Mamiya) et une chambre Linhof.

Et à titre perso, j'ai eu pendant très longtemps un appareil un peu étrange que j'appréciais beaucoup : le Mamiya Press. Un 6x9 à télémètre, avec une grosse poignée latérale, une bascule arrière incorporée et des optiques interchangeables. Neuf vues seulement sur un rouleau de 220.  Et un gros gag : l'armement de l'obturateur et l'avancement du film non couplés. D'où un certain nombre de vues superposées !

Très souvent sur pied, presque toujours des pellicules en 25 ASA. (pas encore d'ISO à l'époque). Développement en essayant de suivre le Zone System d'Ansel Adams, avec des produits fabriqués soi-même. Rien, mais rien à voir avec les résultats fournis par un 24x36... Je trouvais ce format 6x9 un excellent compromis. Les plan-films en 9x12 et plus sont vraiment chers et peu pratiques au regard des rouleaux en 220.

Je suis devenu allergique aux produits de laboratoire et m'avoue très heureux du passage au numérique. ;)

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8 hours ago, PierreK said:

[...]

Et à titre perso, j'ai eu pendant très longtemps un appareil un peu étrange que j'appréciais beaucoup : le Mamiya Press. [...]

Très souvent sur pied, presque toujours des pellicules en 25 ASA. (pas encore d'ISO à l'époque). Développement en essayant de suivre le Zone System d'Ansel Adams, avec des produits fabriqués soi-même. Rien, mais rien à voir avec les résultats fournis par un 24x36... Je trouvais ce format 6x9 un excellent compromis. Les plan-films en 9x12 et plus sont vraiment chers et peu pratiques au regard des rouleaux en 220.

Je suis devenu allergique aux produits de laboratoire et m'avoue très heureux du passage au numérique. ;)

 

Je viens de voir le mamiya press! Ca a l'air d'un belle objet aussi! Mais pour du 6x5, je comprends la necessité du trepied!

Apres, quand je parle de l'envie de me mettre a l'argentique, je ne laisserai pas tomber le numerique pour autant! C'est marrant de pouvoir faire des photos differements, de voir qu'il existe autre chose et de comprendre un peu plus de choses. Pareil pour le developpement. J'ai tout ce qu'il faut, mais la aussi, je ne me vois pas developper 1500images en rentrant d'un mariage!

2 hours ago, Dr_Weird said:

J ai toujours voulu tester le moyen format, YaëlP du forum ou l on sais rencontré fait d ailleurs de superbe portrait avec un moyen format, mais financièrement je ne peux me le permettre.

Sinon j ai un eljy, un fexmatic, un brownie, un zenit-E. ^_^

 

tu commences a avoir quelques belles pièces toi aussi! Tu les utilises un peu ou c'est juste en deco?

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il y a 11 minutes, Lumac a dit :

tu commences a avoir quelques belles pièces toi aussi! Tu les utilises un peu ou c'est juste en deco?

Le zenit je l ai réparé, j ai commencé la photo avec avant de faire un break et de recommencer au numérique, lui je l utilise de temps a autre.

le eljy je sais meme pas si je peux trouver le film adéquate. faudrai que je tente le brownie, le fexmatic par contre il fera toujours deco je pense j ai 2 autre argentique mais plus recent c est moins fun.

 

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@Lumac

Un belle article bien écrit, passionnant :)

Cela donne envie de suivre ton aventure.

@PierreK

Merci pour le partage de cette expérience :) Toujours passionnant à lire. Si l'information n'est plus classé secret défense, c'était pour de la photographie institutionnelle ?

 

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Il y a 2 heures, Bertrand a dit :

Si l'information n'est plus classé secret défense, c'était pour de la photographie institutionnelle ?

Le Rolleiflex ou sa copie "évoluée" et nettement plus volumineuse, le Mamiya C330, était utilisé pour des reportages : défilés, banquets, remises de médailles. Souvent tenu au-dessus de soi, à bout de bras, viseur vers le bas : très pratique dans la foule. La chambre Linhof pour des photos de paysage ou d'architecture. Ainsi que de la photo aérienne à la main depuis hélico ou petit avion à hélices.

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17 minutes ago, PierreK said:

Le Rolleiflex ou sa copie "évoluée" et nettement plus volumineuse, le Mamiya C330, était utilisé pour des reportages : défilés, banquets, remises de médailles. Souvent tenu au-dessus de soi, à bout de bras, viseur vers le bas : très pratique dans la foule. La chambre Linhof pour des photos de paysage ou d'architecture. Ainsi que de la photo aérienne à la main depuis hélico ou petit avion à hélices.

Ok merci pour le détail. ça devait être très intéressant :)

 

 

 

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il y a 18 minutes, Bertrand a dit :

Ok merci pour le détail. ça devait être très intéressant :)

Contrairement à beaucoup d'hommes de mon âge, je garde globalement un bon souvenir de mon service militaire. J'y ai appris pas mal de choses et rencontré des gens fort intéressants. Entre autres de jeunes sous-officiers photographes ou mécaniciens. Mais c'était l'Armée de l'Air : autre ambiance.

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6 minutes ago, PierreK said:

Contrairement à beaucoup d'hommes de mon âge, je garde globalement un bon souvenir de mon service militaire. J'y ai appris pas mal de choses et rencontré des gens fort intéressants. Entre autres de jeunes sous-officiers photographes ou mécaniciens. Mais c'était l'Armée de l'Air : autre ambiance.

J'imagine bien.

La nature du photographe est sa curiosité sur le monde, il aime discuter, rencontrer et comprendre. La photographie arrive ensuite pour matérialiser ça :)

 

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